samedi 28 janvier 2012

Le séisme à Haïti pourrait marquer le début d'un nouveau cycle sismique



Le séisme qui a détruit une grande partie de Port-au-Prince en janvier 2010 pourrait être la manifestation d'un nouveau cycle d'activité sismique avec de futurs tremblements de terre dévastateurs en Haïti, selon une recherche dévoilée jeudi aux Etats-Unis.
Les archives historiques montrent une activité sismique fréquente dans cette zone des Caraïbes au cours des cinq cents dernières années, plus particulièrement sur l'île d'Hispaniola que se partagent Haïti et la République Dominicaine, soulignent les auteurs de cette étude parue dans le Bulletin of the Seismological Society of America.
Ces sismologues se sont appuyés sur les nombreux récits des destructions provoquées par ces différents séismes depuis 1500 pour évaluer leur intensité, leur situation géographique ainsi que leur amplitude afin d'élaborer un modèle.
Dans leur étude, ils font la description d'une série au XVIIIe siècle, de séismes dévastateurs sur la faille Enriquillo qui traverse l'île d'est en ouest.
Un tremblement de terre de magnitude 6,6 s'est produit en 1701 en Haïti tout près de l'épicentre du séisme de janvier 2010. Les descriptions faites alors des secousses et de leur intensité étaient similaires, soulignent ces scientifiques.
Ensuite une série d'importants séismes suivant une ligne est-ouest a commencé le 18 octobre 1751 (magnitude 7,4-7,5) probablement près de l'extrémité est de la faille Enriquillo en République Dominicaine.
Un second séisme de 6,6 de magnitude s'est produit le 21 novembre 1751 près de Port-au-Prince suivi le 3 juin 1770 d'un tremblement de terre de magnitude 7,5 à l'ouest du séisme de 2010 (magnitude 7).
Ce dernier séisme a eu lieu après 240 ans de pause sismique et "la faille Enriquillo paraît de nouveau active", souligne William Bakun, de l'Institut de géophysique américain (U.S. Geological Survey), un des principaux auteurs de cette communication.
Ces chercheurs font la même remarque pour la baie de San Francisco en Californie (ouest). Cette région américaine a connu un cycle d'activité sismique similaire marqué par une série de séismes de forte magnitude suivi d'une période de calme relatif.
William Bakun et ses collègues recommandent que Haïti et la République Dominicaine se préparent à des séismes d'une intensité semblable à ceux qui se sont produits depuis 1500.
Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a fait plus de 200.000 morts en Haïti et provoqué des dégâts matériels importants en grande partie à cause du manque de préparation, selon les experts.

source: afp/Lesechos

Le massacre des Haïtiens par les Dominicains en 1937



         Du 2 au 8 octobre 1937, Trujillo ordonne à son armée de tuer les Haïtiens qui vivent sur la frontière nord-ouest de la République dominicaine, et dans les parties qui bordent la région du Cibao.  Durant la première moitié de 1938, des milliers d’Haïtiens furent déportés et des centaines tués dans la frontière sud, dans la région de Pedernales.
Le massacre s’appelle en espagnol dominicain : « el corte » et en haïtien : « Kout kouto-a ».
      Les conséquences de ce génocide ont transformé la région frontalière et la République dominicaine, mais il ne faut pas l’étudier avec les yeux d’aujourd’hui.  Il s’agit aussi d’un massacre de Dominicains par des Dominicains, de paysans dominicains par l’élite dominicaine, de Dominicains vivant dans la frontière par l’État dominicain, des forces centripètes contre des intérêts régionaux, et après le massacre une entreprise de la nouvelle idéologie anti-haïtienne d’une nation s’opposant à des discours et à une mémoire du passé culturellement pluralistes.
Avant 1937, l’identité dominicaine était loin d’être uniformément conçue comme antithétique et antagonique à celle des Haïtiens ou à la culture haïtienne.  Contrairement aux imagines diffusées par l’historiographie officielle et les élites de la R.D., leurs compatriotes vivant dans la zone frontalière durant les années 30 ne percevaient pas une invasion ou une destruction de leur monde par les Haïtiens.  Au grand chagrin des autorités du gouvernement, des intellectuels et des autres élites dominicaines, cette partie du pays était largement bilingue et demeurait largement indifférente et même hostile aux visions de la nationalité  partagées par l’élite urbaine.  Les élites souhaitaient une nation unies géographiquement et culturellement.
Il faut aussi concevoir le massacre des Haïtiens comme un assaut en règle de l’État national sur une région frontalière transnationale et biculturelle comprenant des personnes ethniquement dominicaines et ethniquement haïtiennes.  De cette optique on peut saisir combien erroné est la vision officielle qui fait de la nationalité dominicaine une conséquence d’un anti-haitianisme originel, fondamental, essentiel et transhistorique.
La zone frontalière
Elle est, avant 1937, biculturelle.  Elle a un surplus de terres agricoles, alors que les « habitants »d’Haïti à l’ouest de celle-ci doivent faire face aux pressions démographiques de la deuxième moitié du XIXe siècle, (à l’absence d’une économie paysanne comme dans le Sud du pays, aux dépossessions suite au contrat McDonald, aux conséquences des crises économiques de fin de siècle, et aux expulsions de Cuba causées par la politique du dictateur Machado, J.C.).  Une société bilingue, biculturelle et transnationale évolue des deux côtés de la frontière.  Cette division de leur territoire en deux parties distinctes demeure pour les riverains une vraie fiction. 
Dans la zone, on utilisait peu de travail salarié et il y avait pas de conflits ouvriers, ni de déplacement de travailleurs « nationaux ».  La plus part des personnes ethniquement haïtiennes cultivaient le café ou des vivres sur des petites ou moyennes propriétés, tandis que les personnes ethniquement dominicaines s’occupaient d’élevage et de chasse.  On trouvait aussi dans les petites villes beaucoup d’artisans et de personnel domestique haïtiens.  Sur la frontière sud, par contre, il semblerait que plus d’Haïtiens travaillaient comme journaliers sur les fermes de personnes ethniquement dominicaines habitant dans les zones rurales.
Néanmoins, les identités culturelles dominicaines et haïtiennes se distinguaient, avec une certaine hiérarchie entre elle, et les stéréotypes ethniques, les constructions racistes de la beauté ainsi que des stéréotypes culturels (la puissance sexuelle des noirs, leur pouvoir magique,…) étaient à l’ordre du jour.  Toutefois, il ne s’en suit pas que les Haïtiens occupaient une position inférieure dans la société et l’économie rurales de la zone frontalière.
Ce mode de vie et cette convivialité étaient en contradiction directe avec la vision des élites et autres classes urbaines de la nation dominicaine qui excluait et méprisait tout ce qui de près ou de loin rappelait l’Haïtien.  Les intellectuels dominicains brandissaient la présence des Haïtiens dans le pays comme une invasion pacifique qui mettait en danger leur nation en haitianisant et en africanisant la population de la frontière, faisant de la culture populaire dominicaine une culture encore plus sauvage qu’elle ne l’était.  La culture haïtienne et le vodou étaient particulièrement diabolisés.  À noter que les paysans dominicains étaient tout aussi méprisés par ces intellectuels et officiels des villes, comme un obstacle au progrès.
Ces préjugés faisaient pendant aux intérêts de l’État d’établir un meilleur contrôle politique de la région, de fixer plus clairement les frontières, de règlementer les flux de biens et de gens, de collecter les taxes, de mettre fin à la contrebande... et de fermer la porte d’entrée et de sortie aux « révolutionnaires » et opposants des régimes au pouvoir.
De plus l’État craignait que les personnes ethniquement haïtiennes n’appuient les réclamations de l’État haïtien lors des délimitations de la frontière ou qu’une immigration accrue n’augmente les prétentions voisines.  Pour mieux asseoir sa présence dans la région, l’État entreprend une politique de « colonisation » agricole.  Mais la paysannerie dominicaine vivait éparpillée et n’était pas assez nombreuse pour bloquer l’immigration haïtienne et s’imposer démographiquement dans la région.  En plus elle était aussi autonome que les paysans haïtiens et peu encline à se plier aux politiques de l’État.  Donc, l’État décide de promouvoir l’immigration européenne, s’imaginant que l’influence culturelle des Européens aiderait à civiliser la campagne et à introduire toute sorte de changements favorables au progrès et au développement.  Il s’agit du même discours raciste-culturaliste que l’on retrouve dans toute l’Amérique latine.  La migration européenne aiderait à « améliorer la race dominicaine »… et à stimuler l’identité nationale…
Cette entreprise de blanchiment échoue et la politique se reformule dans le sens de « dominicaniser » la frontière avec des colons dominicains, grâce à distribution de terres vacantes.  Mais, la majorité des « dominicains » qui se prêtent à cette politique se trouvent à être des dominicains ethniquement haïtiens…
Ces va et vient de la politique démographique coïncident avec la montée météorique de Trujillo.  Il dirige le pays durant 31 ans et s’adjoint les intellectuels et la classe politique.  Ces intellectuels mis de côté par la récente occupation américaine, ses inégalités, discriminations, dénationalisations et modernisation libérale (éviction des paysans, monopoles étrangers, rareté de produits alimentaires et marché noir,…) formulent une politique nationaliste et populiste visant à moderniser et mettre sur pied une paysannerie base sociale du régime trujilliste, orienté vers l’autosuffisance alimentaire et la croissance du revenu interne.   Des terres irriguées et de l’assistance technique et financière sont mises à la disposition des paysans, en échange de leur loyauté au régime.  Avec la réforme agraire, l’État trujilliste domestique la paysannerie qui esquivait sans cesse le pouvoir central, et l’amène à participer dans ses projets politiques, culturels et économiques.  Dans ce schéma, la zone frontalière demeure le maillon faible de la politique officielle.  La politique de colonisation a un impact sur l’aménagement national du territoire, mais la frontière exige une politique spéciale.  Car lors même qu’on l‘appliquait dans cette zone, les (ethniquement) Haïtiens en profitent plus que les ethniquement Dominicains.
Avant 1937, le gouvernement prend un ensemble de mesures pour intégrer les Haïtiens ainsi que les personnes ethniquement dominicaines dans la culture urbaine de la région (écoles, religion catholique, utilisation de l’espagnol,…).  Au début de son régime, Trujillo fait taire les discours antihaitianistes des intellectuels de son régime.  Il signe le traité délimitant la frontière dominicano-haïtienne et entreprend une politique de collaboration avec le régime haïtien.  Vincent nomme la Grand-Rue « Avenue Président Trujillo » et Trujillo inaugure entre Monte Cristi et Dajabon la « Route Vincent ».  En Haïti même, Trujillo décore des artistes et des intellectuels, des leaders et des journalistes haïtiens. Il fait montre de son origine haïtienne ; sa grand-mère est une Chevalier. 
Cette politique ne fait pas oublier le besoin de l’État de consolider ses frontières : D’autant plus que les habitants de la région frontalière s’opposent aux politiques centralisatrices.  Leurs intérêts commerciaux, leurs habitudes de vie,  leur traditionnelle évasion des taxes à payer, la contrebande, l’utilisation des marchés de part et d’autres de la frontière, … leur mode de vie s’oppose à la centralisation.  Sur la frontière, rien ne marche dans la politique gouvernementale avant le massacre.
Le Massacre des Haïtiens
Il a lieu après une longue tournée de Trujillo dans la région.  Le 2 octobre dans un bal à Dajabon, il proclame que depuis quelques mois, les dominicains se plaignent des vols de bétails et abus divers des haïtiens, et qu’il a décidé de mettre fin à cette situation.  D’ailleurs trois cents haïtiens étaient déjà morts »…  Une nuée de soldats dominicains se jette sur la région et commence le massacre des personnes ethniquement haïtiennes.  Le 3 et 4, on laisse fuir ceux qui le veulent.  Le 5, on ferme la frontière.  La majorité des massacrés est constituée de femmes et d’enfants.  Peu sont fusillés.  Ils sont assassinés à l’arme blanche (machette, baïonnette, bâton, pendaison). 
Des unités militaires en provenance d’autres régions sont chargées de la tuerie.  Peu de civils dominicains y ont directement participé, mais n’ont pas manqué de dénoncer et d’indiquer qui étaient ou n’étaient pas Haïtiens, guidant les soldats vers leurs maisons.  D’après les services d’intelligence des EEUU les civils dominicains étaient aussi terrifiés que les Haïtiens eux-mêmes.  Au début, ils ne s’imaginaient pas que seulement les personnes d’origine haïtiennes étaient ciblées.  Beaucoup d’entre eux sont restés traumatisés longtemps après l’événe­ment.  Même les soldats venus de l’extérieur n’arrivaient pas à remplir leur mission sans se souler complètement avant de l’accomplir.
Le 8 octobre 1937, 5 jours après le coup d’envoi, Trujillo donne l’ordre d’arrêter.   Des 20 000 à 500 000 personnes d’origine haïtiennes de la province de Monte Cristi, il n’en restait aucune.  Plus tard, quelques-uns essayèrent de retourner pour prendre quelques biens, les civils ou l’armée se chargeaient de les tuer, les civils par peur de représailles.
Le président Vincent fit l’impossible pour éviter un conflit militaire avec les Dominicains.  Il défendit toute discussion publique du massacre et refusa longtemps que l’on fasse des services religieux en honneur des morts.  Il n’avait pas seulement peur de l’armée.  Il semblerait que Vincent avait aussi peur de perdre le contrôle de l’opposition politique.  Si les troupes s’éloignaient de la capitale, le palais demeurait vulnérable à une attaque.  Mais, face aux pressions  croissantes devant les preuves de l’étendu du génocide, Vincent finalement  sollicite une investigation des atrocités et la médiation de pays neutres dans le conflit.  Trujillo offre une indemnisation importante à Haïti, tout en refusant d’admettre une responsabilité officielle.  Vincent s’empresse d’accepter les 750 000 dollars, dont Trujillo ne paie que 525,000, en échange de mettre fin à l’arbitrage international.
En signant l’accord le 31 janvier 1938, le gouvernement dominicain ne reconnait aucune responsabilité de l’État dominicain dans les tueries, et déclare aux Gouvernement du Mexique, de Cuba et des EEUU, témoin de l’accord qu’il établit un modus operandi pour faire obstacle à la migration entre Haïti et la R.D.  Ainsi, même en signant l’accord, le régime de Trujillo défend le massacre comme une réponse à l’illusoire immigration illégale des Haïtiens sensés indésirables.
L’été de la même année 1938, Trujillo ordonne une nouvelle campagne contre les Haïtiens dans la frontière Sud.  En principe, les Haïtiens sont informés  à l’avance et plusieurs peuvent s’échapper avant d’être attaqués.  L’opération dure plusieurs mois et des milliers sont obligés de prendre la fuite.  Cette seconde opération s’appelle le déguerpissement (el desalojo) et des centaines de personnes furent tuées durant entre 1938 et 1940 lorsque des anciens résidents retournèrent chercher leurs biens.
L’idée que le massacre était une réaction terroriste mais logique à la migration haïtienne contredit le fait
1.     que la plus part des familles « Haïtiennes » étaient des résidents de longue date dans la région,
2.     que Trujillo n’essaya jamais de déporter ceux qui vivaient le long de la frontière,
3.     qu’il ne rendit pas illégal l’établissement des Haïtiens le long de la frontière, ni ne rendit la migration excessivement chère en augmentant les taxes payées par ces personnes, (seulement en 1939, il fit passer une législation faisant payer 500 pesos à tout immigré d’origine non caucasienne).
4.     Que, finalement, les Haïtiens continuèrent de constituer une proportion significative de la population de la République dominicaine dans les autres régions du pays.  Par-dessus tout, les coupeurs de cannes des entreprises nord-américaines ne furent jamais inquiétés, alors que Fulgencia Batista durant cette même période déporta des dizaines de milliers de braceros.  De plus, lorsque Trujillo saisit l’industrie sucrière dans les années 1950, au lieu de réduire l’importation de travailleurs haïtiens, il en augmenta le nombre et les exempta du paiement de la taxe de 500 pesos payée par les « non-caucasiens ».
Le massacre ne fait pas suite à un effort concerté de l’État de mettre un frein à l’immigration des Haïtiens, ni de « blanchir la nation », comme le suggère Bernardo Vega.  Les deux gouvernements étaient dans les meilleurs termes et aucune question d’aucune espèce ne faisait le sujet d’aucune discussion entre eux.  Le discours anti-haitianiste des dominicains fait suite au massacre et ne le précède pas.  La préoccupation de l’État avant le massacre n’était pas l’haitia­nisation du pays, mais que les colons haïtiens ne supportent pas leurs gouvernements dans les parties du territoire en litige.  La violence donna lieu au racisme et à la formation de l’identité dominicaine et non à l’envers.  Même après le massacre, les leaders exprimèrent leur intention d’éliminer les Haïtiens le long des zones frontalières et non dans tout le pays.
Le massacre semble donc lié à la construction de l’État et à la délimitation des frontières du pays.  Le génocide détruisit l’économie, la culture et la société antérieures au massacre.  Il imposa la vision d’une nationalité dominicaine construite en opposition à Haïti, même dans la zone frontalière, traditionnellement biculturelle.  Le sentiment anti-haïtien d’aujourd’hui est un produit du massacre et non le contraire.  Le terrorisme d’État en est l’auteur, l’anti-haitianisme n’est qu’une rationalisation diffusé par un État dont la popularité allait en augmentant à cause de sa politique agraire.  De là, se développèrent une division ethnique de la force de travail, un rôle pour les travailleurs dans les plantations au bas de l’échelle sociale, et la présentation de l’anti-haitia­nisme comme une doctrine officielle existant de toute éternité.
Texte de  Richard L. Turits

vendredi 27 janvier 2012

DE LA FAILLITE DES PROGRAMMES D’AJUSTEMENT STRUCTUREL EN PASSANT PAR LE PROBLÈME DE LA DETTE A TRAVERS L’ETUDE DE QUATRE PAYS : LE GHANA, LE SÉNÉGAL, LE MALI ET LE ZIMBABWE (1998-2001 )


L’ajustement structurel comporte deux étapes : d’une part la stabilité macro-économique à court terme qui se traduit par la libéralisation des prix, l’austérité fiscale, la dévaluation et, d’autre part, les réformes structurelles qui, mises en œuvre simultanément ou parallèlement, consacrent le dépérissement de l’Etat, la libéralisation du commerce et du système bancaire, la privatisation des entreprises et sociétés d’Etat, la compression de l’emploi et le gel du recrutement à la fonction publique. Tout pays endetté qui sollicite des fonds du FMI et de la Banque mondiale doit appliquer ces mesures qui, en principe, lui permettent d’améliorer sa situation économique, d’être compétitif, d’attirer les investissements étrangers et de réduire son déficit public. Il faut savoir qu’aucun secteur n’échappe à la vigilance et au couperet des ajusteurs, pas même l’éducation, la santé, l’eau potable, le développement rural, l’industrie….. 
1. LE GHANA 
Rawlings s'est transformé petit à petit en chef d'Etat pragmatique, cédant au libéralisme prôné par les institutions de Bretton Woods, pour devenir finalement le meilleur élève du FMI et de la Banque mondiale de la région. Il a su tenir compte de l'opinion publique. Ce fut le cas notamment pour l'instauration de la TVA, prévue depuis 1995, reportée maintes fois, puis appliquée en douceur à partir de décembre 1999. De plus, entouré de brillants techniciens et de ministres compétents, notamment aux finances, il a su discuter point par point les propositions du FMI et de la Banque mondiale, qui lui ont laissé une marge de manœuvre dans la conception et l'application des réformes. L'exemple le plus frappant est celui de la libéralisation de la filière cacao, dont le Ghana est le second exportateur mondial, avec 400 000 tonnes par an. Alors que la Côte d'Ivoire a dû accepter une libéralisation brutale, le Ghana a négocié un changement à petits pas garantissant aux planteurs un prix stable, le mettant à l'abri des fluctuations du marché. Le Ghana a privatisé sans heurt la commercialisation intérieure du produit et fournit un des cacaos les meilleurs du monde, surcoté sur le marché international en raison de sa qualité. Au rang des réussites les plus notables du régime, on note également la lutte contre la corruption, qui fait aujourd'hui de ce pays l'un des plus « propres » d'Afrique. Le gouvernement est parvenu à maîtriser l'inflation qui, de quelque 200 %, est aujourd'hui contenue à moins de 15 %. L'objectif pour l'an 2000 est de la ramener à 5% pour les deux prochaines années. 
Mais les relatives bonnes performances du Ghana n'ont toujours pas tiré le pays de son extrême pauvreté. Lors de la dernière présidentielle, les bailleurs de fonds avaient d'ailleurs dénoncé des dérapages budgétaires, et ils ne cachent pas leurs inquiétudes pour l'an 2000. 
Le Ghana subit un déficit commercial élevé en 2000, dû notamment à la chute des prix du cacao et de l’or, alors même que la facture pétrolière a atteint des sommets, inflation en hausse et érosion constante du cédi, la monnaie nationale, face au dollar (depuis novembre 98, la monnaie nationale est passée de 2345 cédis pour un dollar à 4500 en mai 2000). Force est de constater qu’après 13 années de programmes d’ajustement structurel et de réformes économiques négociés avec les institutions financières internationales, l’économie du Ghana n’a toujours pas décollé. Ainsi, malgré les efforts considérables de diversification de la production tournée vers l’exportation (meubles par exemple), ainsi que des mesures pour la transformation sur place d’une partie des matières premières, comme le cacao et le bois, le revenu des exportations est en baisse. En même temps, la libéralisation des importations a maintenu celles-ci à des niveaux trop élevé, d’où le déficit des comptes extérieurs qui ne cesse de se creuser depuis 1997. Le plus grave est la dépréciation du cédi, qui a perdu 40% de sa valeur en un an. La dévaluation de la monnaie rend le produits importés plus chers et donc moins accessibles aux consommateurs ghanéens. Ils sont cependant toujours plus prisés que les produits locaux. Pour décourager les importations de produits superflus, le gouvernement a introduit en mai une taxe spéciale de 20% ! Une mesure qui a suscité une vive protestation de l’Association des commerçants mais a été applaudi par les industriels ghanéens. Une aubaine pour leurs produits qui n’arrivent pas à concurrencer les importations sur le marché mondial. Le constat du Ministre du Commerce, Dan Abodakpi, est sévère : « La concurrence offensive des produits importés, ajoutée au penchant des Ghanéens pour les biens de consommation étrangers, est en train de saper les potentialités de notre économie ». 
2. LE SENEGAL 
S’il est vrai que ce pays est aujourd’hui l’un des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine à créer le plus de richesse – depuis la dévaluation du franc CFA en 1994, le PIB augmente de 5% par an en moyenne – et à avoir réussi le redressement de ses finances publiques – le déficit budgétaire ne dépasse pas 1.2% du PIB -, le Sénégal n’en demeure pas moins extrêmement pauvre. Au palmarès du développement humain (IDH), il occupe la 153ème place sur 174, après la Zambie (151ème) et Haïti (152ème). 
Le Sénégal ne se veut pas uniquement « un modèle de démocratie et de stabilité » en Afrique noire, mais également un défenseur de « l’économie de marché ». Deux conditions nécessaires pour décrocher le tant recherché titre de « bon élève » de la communauté financière internationale. Entre 1960 et 1993, le Sénégal a reçu des montants plus de quatre fois supérieurs à l’aide moyenne par habitant accordée aux pays d’Afrique sub-saharienne. De 1981 à 1991, les transferts extérieurs nets auraient atteint 21000 FCFA par tête et par an, soit deux fois plus qu’en Côte d’Ivoire et trois fois plus qu’au Ghana. Entré en ajustement il y a plus de 20 ans (1979), le Sénégal ne semble pas près de sortir des cycles de rééchelonnement. Dakar vient d’obtenir (Mars 2000) une nouvelle Facilité d’ajustement structurel renforcée (FASR), la troisième depuis la dévaluation du franc CFA, en appui au VIIème plan d’ajustement structurel (PAS) 1999-2002. Si le gouvernement ne peut se passer de concours extérieur qui représentent 60 % du budget général de l’Etat, les Sénégalais n’attendent rien de ces PAS.  La NPI (Nouvelle politique industrielle) et la NPA (Nouvelle Politique Agricole) ont été des échecs (politiques mises en place par Diouf dès 1981, pour rompre avec l’import substitution). 
En 1994, dix ans après le lancement de la NPA, le déficit de la filière arachidière s’est monté à 2 milliards de F CFA et la production est restée en deçà de l’objectif de 900 000 tonnes (la rente arachidière procurait l’essentiel des recettes de l’Etat dans les années 60 et 70). La NPA n’a pas non plus amélioré l’autosuffisance alimentaire. Les importations de riz, l’aliment de base au Sénégal, ont continué à progresser. Le décollage espéré de la production de paddy, la variété cultivée localement, n’a pas eu lieu. 
Dans l’industrie, le bilan est également loin d’être positif. La NPI n’a pas changé fondamentalement la structure industrielle du pays. Outre que les subventions (8.5 milliards de F CFA entre 1981 et 1986) n’ont modifié ni la nature ni le volume des exportations, la libéralisation à été mise à profit par des sociétés pour importer et écouler sur place, le plus souvent via le marché parallèle, des produits qu’elles avaient toujours fabriqués. D’ou une explosion du secteur informelle qui représentait au début de la précédente décennie 30% du PIB et employait 60% de la population active. Selon la Banque mondiale, le nombre d’entreprises relevant de ce secteur opérant dans la seule agglomération de Dakar est passé de 7750 en 1980 à 20 000 en 1991 ! 
En voulant mener de front les PAS et des politiques économiques nationales, les gouvernements qui se sont succédé entre 1981 et 1993 n’ont fait que prolonger la crise. La responsabilité est partagée entre les autorités sénégalaises et les institutions internationales (celles-ci ont apporté leur soutien à des stratégies de développement qu’elles savaient condamné d’avance). Rappelons encore qu’au Sénégal, les 10% les plus riches se partagent 42% des revenus. Autant dire que les fruits de la croissance sont très mal répartis. Un cinquième de la population accapare 58% des richesses alors qu’un cinquième vit avec seulement 3% des revenus. 
La population de Dakar, dont l’agglomération regroupe 2.5 millions d’habitants, augmente de 7% par an, auquel s’ajoute 4% supplémentaires de migrants. La pénurie de travail salarié y est criante. La dévaluation du F CFA a renchéri les prix des médicaments, produits alimentaires et vêtements importés. Le secteur informel n’est souvent qu’un cache misère : quelques 400 000 personnes vivraient avec moins de 75 F CFA par jour à Dakar ! L’agglomération compte 60 bidonvilles. La gestion des services publics (ramassage des ordures…) est dépassée, la population en surcharge accablant les infrastructures existantes, mais ne payant plus, faute de revenus, les taxes qui permettraient de les entretenir. Les inégalités se sont aggravées à l’encontre des ruraux. Dans l’enseignement, les réalisations mises en avant par le régime n’ont fait qu’accompagner l’augmentation de la population, sans parvenir à réduire les inégalités. Si près de 100% des enfants sont scolarisés en ville, ils sont toujours moins de 50% dans les zones rurales. Le taux d’analphabétisme des femmes dépasse toujours 70%. Dans son dernier rapport, le PNUD estime les dépenses publiques d’enseignement et de santé au Sénégal à 3.5% et 1.2% du PNB, respectivement, en 1996. 
3. LE MALI 
Le taux de croissance de ce pays était d l’ordre de 6% en 1997 contre 2% en 1992. Mais la proportion de pauvres augmente au fur et à mesure que le Mali améliore ses performances macro-économiques. Selon le PNUD, le pourcentage des pauvres a augmenté de 28.8% entre 1992 et 1994. La dévaluation du franc CFA, survenue en Janvier 1994, vue sous un angle autre que la simple rationalité économique, a été pour les couches sociales vulnérables de l’Afrique francophone la parfaite illustration du déphasage entre leurs attentes et la logique néolibérale. 
Selon le Comité d’annulation de la dette du Tiers-Monde, les pays africains ont remboursé 170 milliards de dollars pour le service de la dette (intérêts et capital). Au Mali, il constitue le premier poste de dépense budgétaire avant les charges salariales, et accaparerait 48% des recettes budgétaires ou 37% des exportations en 1994 ! ! 
Selon la CEA (Commission économique africaine), le ratio de la dette africaine, par rapport au PNB, est passé de 38% au début des années 80 à 101% en 1991 pour atteindre 108.2% en 1994, en raison de la stagnation des recettes d’exportation, mais aussi sous l’effet des opérations de rééchelonnement et de l’accumulation des arriérés. 
Le Mali comme les autres pays africains sous ajustement sont dans une situation ou plus ils paient, plus ils s’appauvrissent : les 48 pays de la région ont accumulé des arriérés énormes, de l’ordre de 48 milliards de dollars en 1996. 
Il apparaît qu’il n’existe pas de liens de cause à effet, entre ouverture au marché et croissance économique durable. « Une réduction du prix du coton de 10% par rapport à celui retenu dans le scénario (croissance réelle du PIB de 4.5% par an de 1998 à 2004 et de 4% par la suite et réduction du déficit extérieur) entraînerait une aggravation du déficit extérieur courant d’environ 1% par an sur l’ensemble de la période 1996-2015 » (Ministère de l’Economie et des Finances du Mali). 
Rappelons encore qu’au Mali, près de 23% des enfants sont maigres par rapport à leur taille, tandis que 30% souffrent de malnutrition chronique. L’enquête démographique et de santé qui rend compte de la situation rapporte que, durant la période 1991-1996, sur 1000 naissances vivantes, 123 enfants sont décédés avant l’âge de 1 an et 131 avant d’avoir 5 ans. Le taux de scolarisation vient d’atteindre 46.7% tandis que le niveau de couverture des besoins en eau potable est de 50%, en électricité 8% et en soins de santé 30%. 
4. LE ZIMBABWE 
De 1986 à 1991, ce pays a remboursé plus de 2.6 milliards de dollars à ses créanciers au titre du service de la dette (en chiffre brut, environ 1.2 millions de dollars par jour, soit environ 50 000 dollars par heure !). Ce pays était autosuffisant. Susan Georges et Fabrizio Sabelli rappellent sur la base des travaux de Colin Stoneman, spécialiste du Zimbabwe, que ce pays qui avait reçu, depuis son indépendance, 9 prêts de la Banque mondiale et 4 crédits de l’IDA d’un montant total de 649 milliards de dollars, n’avait pas besoin de l’ESAP ( Economic Strutural Ajustement Program), dont la traduction pour le peuple zimbabwéen est « Extreme Suffering for African People » ! ! 
Comme conséquences, le Zimbabwe importe maintenant « les denrées alimentaires, les infrastructures de la santé et de l’éducation naguère parmi les meilleures d’Afrique. Celles-ci se sont considérablement dégradées. Beaucoup de femmes n’ont plus les moyens d’accoucher à l’hôpital ; beaucoup d’enfants abandonnent l’école. Lorsque les familles ne peuvent plus assurer les frais de scolarité des enfants, elles sacrifient d’abord les filles » 
CONCLUSION
Serait-on aujourd’hui face à ce que Samir Amin appelle « une croissance sans développement (ce que confirme Aminata D.Traoré, Ministre de la Culture et du Tourisme au Mali, auteur de « l’Etau »), c’est à dire une croissance engendrée et entretenue de l’extérieur sans que la structure économique mise en place permette d’envisager un passage automatique à l’étape ultérieure, celle d’un dynamisme autocentré et auto-entretenu ». 
Alassane Ouattara à propos de l’ajustement structurel : « Dans un pays pauvre devrait-on demander à quelqu’un qui a faim de réduire encore le niveau de sa consommation déjà bas, ou devrait on lui donner le moyen d’accroître sa production ? » (1985). 
Lorsque le FMI et la Banque Mondiale interviennent, c’est que l’économie va déjà mal. Or ils exigent avant tout autre chose l’annulation des subventions aux engrais (résultat : recul brutal de la production agricole),  la suppression des subventions aux industries, la suppression des subventions aux produits alimentaires de base destinés aux citadins (résultat : les prix des denrées augmentent très fortement, exemple de l’Egypte et de la Tunisie), la réduction du nombre de fonctionnaires….Ces mesures, imposées par les FMI et la Banque Mondiale, ont être prises très rapidement, beaucoup trop rapidement. Elles ont entraîné la diminution brutale d’un certain nombre d’activités économiques et ont crée la récession. 
Dans ces conditions, on peut se poser la question de savoir si les institutions financières internationales ont vraiment pour but de redresser les économies africaines. Car enfin, que se passe-t-il lorsque qu’un pays se trouve obligé de suivre les programmes mis en place par le FMI : il doit premièrement réduire les dépenses de l’Etat et deuxièmement, il doit exporter au maximum afin de faire entrer des devises pour le remboursement de la dette (certains pays y consacrent jusqu’à 70% du revenu des exportations). Or on peut aisément s’imaginer ce qui se passe lorsque 40 pays exportent tous en masse les mêmes produits. Cela aboutit fatalement à une baisse des cours et donc à une dégradation dramatique des termes de l’échange  (les pays gagnent moins en exportant mais les produits importés sont toujours aussi chers voire plus chers). 
Omar Bongo : "L’Afrique sans la France c’est comme une voiture sans chauffeur et la  sans l’Afrique, c’est comme une voiture sans carburant". On pourrait extrapoler en disant que l’Afrique est actuellement dirigée de l’extérieur par l’intermédiaire des programmes d’ajustement structurel (qui ne laissent que très peu de marge de manœuvre aux dirigeants africains, comme nous l’avons vu).Cette situation de dépendance ne peut plus durer dans l’optique d’un développement durable du continent africain. Je pense que l’obstacle majeur au développement de l’Afrique demeure le poids de la dette car d’une part elle ne pourra jamais être remboursée et d’autre part elle place le continent dans une situation de dépendance totale, puisque pour avoir accès à de nouveaux emprunts, il faut se plier aux programmes d’ajustement structurel, qui, rappelons-le, appauvrit encore plus l’Afrique
                La suppression de la dette, qui pourrait être consentie, à mon avis, comme réparation des « crimes » perpétués contre l’Afrique pendant la période de l’esclavagisme, permettrait d’utiliser les revenus d’exportation pour des programmes de santé (on sait que le SIDA constitue un frein au développement), d’éducation, de modernisation du secteur agricole, d’industrialisation…. 


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