samedi 27 octobre 2012

Haïti : L’effet Clifford Brandt junior


La famille Brandt défraie la chronique en Haïti, non pas depuis l’incarcération de Clifford junior, mais depuis un siècle. La saga de cette famille commence à la Jamaïque avec la rencontre d’Oswald John Brandt, né dans cette île en 1890, avec une charmante Haïtienne, Thérèse Barthe, venue visiter son père en exil. Boyer Bazelais, Anténor Firmin, Edmond Paul, François Légitime sont tous passés par ce refuge, toujours prometteur. Les deux jeunes se marient en 1910 et, suivant le chemin tracé par son cœur, Oswald Brandt plie bagages et émigre en Haïti. Il a alors seulement 20 ans.
Une fois en Haïti. O.J. Brandt, dont l’épouse est la nièce du colonel Jules André, est partout un invité de marque, surtout chez les anciens exilés qu’il a connus et aidés à la Jamaïque. Parmi eux, l’influent Antoine Pierre-Paul et Septimus Marius, qui, nommé ministre des Finances par Antoine Simon, le place à la Banque Nationale d’Haïti en 1910 en dépit ou à cause de son statut d’étranger. Ainsi commence sa carrière de financier. En 1916, il passe à la succursale que la Banque Royale du Canada vient d’ouvrir à Port-au-Prince.
Le feuilleton se poursuit. O. J. Brandt gravit très vite les divers échelons de cette institution pour accéder au poste de directeur en 1925. On est en pleine occupation américaine et l’économie du pays est en train de s’ouvrir au capital étranger. C’est à ce moment que commence la légende du petit-gars-parti-de-rien-et-qui-s’est-élevé-à-la-force-de-son-poignet-par-le-travail-et-l’audace.
Le prestige de l’homme est d’autant plus grand qu’il est le seul homme d’affaires de toute l’histoire du pays à s’être forgé une réputation de philanthrope à l’américaine. Le seul à avoir contribué à la diffusion du savoir et à la formation de la jeunesse par un geste d’envergure : le don du seul laboratoire d’une école publique haïtienne, le Laboratoire O. J. Brandt du lycée Pétion (immeuble compris). Cette dépendance du Vieux Lycée, presque adossée à la Cathédrale, a été fréquentée par toutes les générations qui ont étudié à cet établissement après la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
Cette semaine encore, le nom O. J. Brandt refait surface dans la mémoire des professionnels passés à cette école à partir des années 50. En particulier des médecins et des ingénieurs qui y ont manipulé, pour la première fois de leur vie, des éprouvettes avec Marcel Francoeur ou des électrodes et des aimants avec Parnell Marc. Des professeurs, avocats et fonctionnaires sortis de la section A et qui ont fait leurs classes terminales dans les belles salles du second étage de l’immeuble O. J. Brandt.
Cette histoire à succès comporte toutefois quelques épisodes peu reluisants et peu connus du public. Après l’entrée en guerre d’Haïti aux côtés des Alliés, sous Élie Lescot, Oswald Brandt est un des grands bénéficiaires de la nationalisation des biens des citoyens allemands établis au pays (Reinbold, Gerlach, Gaetjens, Jaeger, Ludecke, etc.), et la presse n’en fait aucune mention. C’est seulement à la faveur de l’éclaircie démocratique des premiers jours de 1946 que le journal La Ruche commence à l’épingler. Et sans ménagement. Il écrit : « En effet, ce mystérieux personnage d’Oswald John Brandt, après avoir, sans aucun doute, "corrompu" son associé Élie Lescot, Grand Fonctionnaire Public dans l’exercice de ses hautes fonctions – Délit prescrit par la Loi haïtienne – l’escroc Oswald John Brandt se fit passer les usines de Saint-Marc valant au minimum Deux cent mille dollars pour la scandaleuse somme de trente cinq mille dollars, se rendant de ce fait coupable au titre de receleur que la loi Haïtienne punit beaucoup plus sévèrement que l’auteur [1]. »
La charge est lourde contre le trio Lescot-Brandt-Brouez, ce dernier étant le commis encaisseur de Lescot. Difficile de condamner Oswald Brandt sans des preuves palpables de pots-de-vin. Difficile surtout à cause des complices invisibles qu’il a alors au sein du Comité Exécutif Militaire (CEM) qui vient de prendre le pouvoir. Paradoxalement, les jeunes militants de La Ruche demandent de soutenir la junte militaire [2]. Difficile enfin de déboulonner Oswald Brandt, un symbole qui fait rêver une classe politique avide de ses subsides. Les jeunes de La Ruche en sont conscients et écrivent : « Si le monopole de la Fabrique et vente de tissus de coton Lescot-Brandt-Brouez doit fonctionner sous quelque rubrique que ce soit, alors vous n’aurez plus rien à espérer de notre pays, suicidez-vous [3]. »
Une vue en plongée de la réalité
Personne ne s’est suicidé devant les complexités d’Haïti. Oswald Brandt a traversé tous les mauvais régimes jusqu’à ceux des dictateurs François et Jean-Claude Duvalier, jouant continuellement double jeu. En 1961, il est forcé de financer le bétonnage de la Grand-Rue [4] et même mis en prison par Papa Doc qui veut lui soutirer de l’argent. Il se vengera à sa façon. Le journaliste à la retraite Jean Florival nous apprend dans Duvalier : La face cachée de Papa Docqu’Oswald Brandt — qui était son ami personnel et celui de Gérard Daumec, conseiller écouté de François Duvalier - alimentait régulièrement la radio Vonvon en renseignements embarrassants pour le pouvoir. Cette station clandestine, qui émettait à partir des États-Unis, fit les délices de l’opposition pendant la fin des années 1960 [5].
En plein cœur de la dictature féroce de François Duvalier, O.J. Brandt bénéficie d’un tel prestige au pays que, même lorsqu’il est pris la main dans le sac, le pouvoir noiriste et populiste lui réserve un traitement de faveur. Accusé, avec son fils Clifford, d’avoir financé l’invasion avortée de la Coalition Haïtienne en mai 1968 au Cap-Haïtien, il sera logé aux Casernes Dessalines avec droit de visite, tandis que Clémard Joseph Charles, le financier d’origine modeste, sera, selon ses propres dires, enfermé « pieds nus, en caleçon et chemisette à Fort Dimanche, puis au Pénitencier national ».
Oswald Brandt construit au fil des ans un véritable empire. Quittant la finance dès 1928, il décide de faire cavalier seul et d’acquérir l’usine à mantègue (USMAN). Il investit dans le textile, avec la filature Brandt (FITICOSA), et dans l’agriculture, particulièrement dans l’exportation du cacao et du café (où il devient un des principaux acteurs). Il est aussi importateur de produits pharmaceutiques, de véhicules et d’autres produits de consommation. On le retrouve ensuite dans l’huile de cuisine, les assurances, puis à la tête de l’usine de fabrication de pâte de tomates FACOLEF, dans le Sud, et de la PRINSA (élevage) dans la région de Thomazeau.
La PRINSA a fonctionné de 1981 à 1998 avant d’être victime de l’embargo des années 1991-1994. La politique ultralibérale du gouvernement de René Préval en a sonné le glas. En effet « l’élevage industriel a connu un véritable déclin vers 1991 à cause notamment de l’embargo économique et de l’importation massive de morceaux de poulet congelés. La production est passée de 6 500 000 à 300 000 têtes, puis à 45 000 têtes en 1998 pour les poulets de chair ; et de 112 000 à 30 000 pour les poules pondeuses [6]. »
En 1973, cinq ans après avoir été incarcéré avec son père O.J. Brandt aux Casernes Dessalines, Clifford Brandt relève le défi d’Alejandro Grullon qui veut implanter sa banque Banco Popular Dominicano en Haïti. Brandt prend les devants et crée, avec 420 actionnaires haïtiens, la Banque de l’Union Haïtienne (BUH) dotée d’un capital initial de 15 millions de gourdes répartis en 60,000 actions de 250 Gourdes. C’est la deuxième fois que le secteur privé haïtien crée une banque commerciale, la première ayant été la création en 1966 de la Banque Commerciale d’Haïti par le même Clémard Joseph Charles. Le premier conseil d’administration de la BUH est composé de Marcel Léger, Président, Marcel Ed. Dupuy, Vice-Président, Georges Baussan, Clifford H. Brandt, Jehan Dartigue, Raymond Flambert, Faidherbe Guillaume, Maurice Mompoint [7], Lucien Rousseau, Membres. Le patriarche Oswald meurt en 1976 et son fils Clifford prend la barre qu’il gardera jusqu’à son décès en 2001. Entretemps, l’empire Brandt essaime à la Jamaïque, aux Bermudes et aux Bahamas.
Le patriarche, son fils et ses petits-fils gardent une sérénité de distanciation leur permettant de fructifier leurs avoirs à une distance respectable des cercles mulâtristes dominants. On ne s’étonnera donc pas de ne pas retrouver le nom d’un seul Brandt dans la liste des 41 présidents qu’a eus le Cercle Bellevue de 1905 à 1985 [8]. Est-ce parce que le Cercle Bellevue a été dès son origine sous l’influence de la communauté allemande avec des présidents tels que Robert Gerlach, Frédéric Gaetjens, Carl Jaeger, Fred Ludecke, etc ? Pourtant O.J. Brandt aurait pu se prémunir de son ascendance allemande, car son grand-père Wihelm Brandt était allemand [9].
Quoiqu’il en soit, les Brandt ont une vue pratique sur la société haïtienne, son imaginaire et son anomie, une perspective qu’on ne saurait sous-estimer. La grande déception de la vie de Clifford Brandt aura été d’avoir été mis en quarantaine par le gouvernement américain en 1993, accusé d’avoir agi contre les intérêts américains en soutenant le coup d’État de 1991 contre le premier gouvernement de Jean-Bertrand Aristide. À la fin de sa vie, nonagénaire, il en sortit profondément troublé, ne pouvant comprendre, de sa hauteur, la vue en plongée que lui offrait la réalité. Les choses avaient bougé dans leur fixité.
Le kidnapping sème pour récolter sans attendre
Dans le même temps, la dégradation de la situation politique et économique affectait les consciences et les valeurs. Les capitaines d’entreprise sont de moins en moins considérés comme des valeurs à émuler. Les tontons macoutes et autres rentiers politiques devenus riches en un clin d’œil ont imposé d’autres mœurs. Qui représentent une aubaine pour les forces de la globalisation économique plus intéressées à mettre au pouvoir des receveurs d’ordres que des entrepreneurs indépendants. Tout en déplorant leurs agissements scandaleux, ces forces globalisantes préfèrent s’inspirer des voyous pour lesquels les valeurs intrinsèques n’existent pas. Les générations qui naissent au cours des années 1960-1970 n’ont de modèles que ceux de l’argent volé par des hommes de sac et de corde.
Le viol de la société haïtienne réalisé par l’occupation tonton macoute étale son désordre partout même dans les familles de l’élite. Sous les yeux des parents qui sont dépassés. L’ascenseur du trafic des stupéfiants accommode toutes les promiscuités. Les sociologues américains parleront de l’élite moralement répugnante (morally repugnant elite) pour rendre compte de la pourriture observée au sommet de la société haïtienne. Une société en ruines et qui, de surcroit, trouve des gens à dévaloriser l’intellectualité. Devant le vacarme des intérêts particuliers et autres relativités, la note intellectuelle mettant en valeur la vérité effraie les petits esprits se délectant dans les cancans.
L’affaire de Clifford Brandt junior, le kidnappeur, qui défraie la chronique depuis le lundi 22 octobre 2012 s’inscrit dans la décadence de la société haïtienne et fait pâlir l’histoire d’une famille qui a laissé sa marque dans la finance, l’agriculture et l’industrie. Dans un pays qui veut que seule la politique soit fertile et où les citoyens sont convaincus que c’est l’unique endroit à semer pour récolter sans attendre. La mentalité de l’argent facile s’est développée avec le narcotrafic et de son corollaire, le kidnapping contre rançon.
Clifford Brandt junior s’est laissé glisser sur cette pente dangereuse. Ce faisant, il a délaissé la civilisation en ne contrôlant pas ses pulsions d’agressivité. Elles se sont relâchées au point de le conduire au crime. C’est dans une atmosphère d’indignation et de réprobation générale que le kidnapping des deux jeunes Moscoso a été accueilli. Aucune humanité ne peut être construite avec des pratiques relevant de la mentalité des fauves. En attendant de comprendre cette économie affective, il s’est enfermé lui-même dans le cycle de la violence et de la terreur. On ne saurait innocenter les criminels individuels qui terrorisent les familles dans des kidnappings en série depuis près d’une décennie. Les enlèvements et séquestrations sont devenus monnaie courante depuis 2005.
Des hommes sans foi ni loi
La société haïtienne surfe sur le crime impuni depuis sa naissance. Un groupe de tueurs a organisé des massacres systématiques depuis ceux des Français en avril 1804, de Germain Pico en 1805 et de Dessalines en 1806. Un petit groupe a kidnappé le pays en exploitant la paysannerie systématiquement. On lui a pris la production de café, de sucre, de coton, etc. et on lui a donné en retour de la monnaie de singe. Dans ce kidnapping, il n’a pas eu accès à la santé, à l’éducation, au logement, à l’eau potable et à l’électricité. Comme le dit Vertus Saint-Louis « les habitations sont soumises aux commandants militaires, eux-mêmes placés sous les ordres des généraux comme Dessalines, nommés inspecteurs de culture. Les cultivateurs n’ont pas le droit de se déplacer sans permission, même pour se rendre au marché [10]. » Les paysans sont privés de la liberté de se déplacer d’une plantation à une autre. La nuit les bandesZobop continuent l’ordre diurne en exigeant un laissez-passer. Sinon, c’est la mort !
L’étude de la société haïtienne depuis 1804 indique que les élites ont accepté de négocier leur position de « commandeur » en se vautrant dans la fange, entourées de sbires venus de la « meilleure » société sous Geffrard avec les Gibosiens et des bas-fonds sous Soulouque avec les Zinglins. Le kidnapping d’Haïti est consacré dès la dette de l’indépendance de 1825. La culture de la rente a développé une pourriture qui s’accumule. Dans les villes, des hommes sans foi ni loi ont imposé les mœurs vandales tandis que dans les campagnes leurs alliés ont promu la peur et la zombification. Registre d’une barbarie qui connaît des alternances dans le consensus du chen manje chen pour la destruction de l’Autre. Aversion et hostilité, affrontements et règlements de compte sont toujours au rendez-vous dans une culture de vendetta qui n’a rien à envier à celle des Siciliens ?
La pensée a été combattue. Le baccalauréat a été jusqu’à la fin des années 60 un lieu où les dissertations étaient écrites par les étudiants en trois heures sur une feuille double. L’élève était convoqué à penser sur un sujet qui lui était proposé. Mais la dégradation de l’enseignement a fini par convaincre les professeurs de ne plus donner une feuille double aux élèves. Dès la fin des années 1970, ces derniers recevaient une feuille simple pour consigner le fruit de leurs réflexions. Il a fallu trente ans pour éroder les valeurs éthiques du travail bien fait, de la rectitude et de l’honnêteté qui existaient dans la vie publique au profit de la débauche et l’hédonisme tèt kalé. Les certitudes ont dépéri et ce n’est plus avec de la poésie que l’on courtise une jeune fille. Le seul paramètre de la séduction et de la valeur, c’est l’argent, comme l’a souligné le président Martelly en comparant son fils Ollivier aux avocats Newton Saint Juste et André Michel. La messe est dite !
La baisse du niveau de l’instruction (le moyen) s’est répercutée sur celui de l’éducation (la finalité). La constante dialectique entre ces deux niveaux s’est transmise dans la famille, les comportements individuels, bref dans la civilisation haïtienne. Exit le contrôle de soi et l’autolimitation. On se permet d’écrire n’importe quoi et de dire n’importe quoi. Tout devient vulgarité jusqu’aux plus hautes sphères de la société et du pouvoir politique. Cette acceptation n’est-elle pas la forme que prend le rejet des institutions scolaires, des valeurs, des mœurs ?
Le chaos de la réalité haïtienne s’est amplifié et la connaissance est en retard sur ce chaos. Le crétinisme qui s’est imposé pour gouverner la société haïtienne a des racines profondes. On les trouve chez ces dictateurs à la Sténio Vincent et François Duvalier qui, se voulant providentiels, refusent le pluralisme. On les trouve également chez ceux qui rejettent les 10plomes, 20plomeset autres plomes, et qui utilisent leur gouvernement charismatique [11] pour lancer le pays sur les voies de garage des industries en cavale. Situation d’autant plus grave que, comme le dit Norbert Elias, « le commandement peut échoir à des personnes qui jusque-là n’avaient pas grand-chose à dire [12]. »
L’orthographe élémentaire
Les discussions vont bon train sur le sort que la justice haïtienne réservera à Clifford Brandt junior surtout depuis les déclarations de son avocat Me Calixte Delatour qui ont provoqué un véritable tollé. Selon son défenseur, « il ne s’agirait pas d’un kidnapping mais plutôt d’un problème personnel [13]. »
Au cœur de la stratégie de la défense, on redécouvre des faits qui remontent à 2007 et qui ont aussi à voir avec la disparition-exécution de Robert Marcello, directeur du Centre national de passation des marchés publics. On se rappelle encore que Fritz Brandt et son fils David Brandt avaient été mis en prison par le commissaire du gouvernement Claudy Gassant en juillet 2007 sous le gouvernement de René Préval. Selon le commissaire Gassant, ils avaient été pris la main dans le sac pour une affaire de factures de douane. Il circule toutefois une autre version des motifs de cette arrestation intempestive.
Selon cette version, il s’était plutôt agi de mettre au pas les Brandt qui avaient repoussé une collusion que leur proposait le pouvoir. Le gouvernement Préval avait appuyé les concurrents de Brandt qui lui avaient promis de plus substantielles ristournes sur un contrat d’achats de véhicules. Brandt se croyait dans son bon droit en gagnant un appel d’offres ouvert où le moins disant décrochait le contrat. Il s’est alors fait de dangereuses inimitiés politiques avec les gangsters de l’entourage de Préval qui ne lui ont pas pardonné le culot de se défendre pied à pied contre les vœux du président. Il avait haussé les épaules, se croyant à l’abri des poursuites des chacals. Il avait oublié que dans la culture politique haïtienne, mettez n’importe quel quidam président et la population tombera à ses genoux.
À ceux qui leur disaient d’être prudents, de ne pas chercher une plage de sable ensoleillé à la montagne ni de faire la morale au président Préval, les Brandt avaient répondu qu’ils étaient des commerçants et pas des curés. Ce serait là le début de la mobilisation anti-Brandt qui s’est soldée par la mise en prison du père et du frère de Clifford Brandt junior. La lutte anti-corruption étant devenue un habillage de luxe pour les gouvernements contre leurs opposants. Les Brandt père et fils sont restés en prison jusqu’à ce qu’ils cessent de rouspéter.
Dans de nombreuses villes
On ne saurait écarter du revers de la main ces hypothèses d’explication du comportement de Clifford Brandt junior. Mais il faut admettre que même dans le cas où elles seraient justes, la décision de kidnapper les deux jeunes Moscoso est un remède pire que le mal. La famille Brandt ne saurait s’affranchir ni s’émanciper du carcan corrupteur de l’État marron en prenant le chemin du kidnapping comme revanche. Cela va à l’encontre du besoin de sécurité incompressible de l’être humain. C’est un principe intemporel et une logique éternelle pour l’existence et la viabilité de toute société.
Le procès de Clifford Brandt junior devrait servir de cadre pour l’évaluation du délabrement de la société haïtienne, du vide existant dans les esprits et de la disparition des valeurs. Depuis celles de l’orthographe élémentaire qui porte des écrivassiers à se balader sur les réseaux sociaux de l’Internet en écrivant n’importe quoi sans le moindre respect pour la langue et la logique jusqu’aux déclarations farfelues de la « diplomatie des affaires » qui reflète la folie des grandeurs d’un gouvernement pourtant hué et condamné par des manifestants dans de nombreuses villes du pays. Il faut entreprendre des travaux de rénovation, mais il faut surtout du neuf.
Depuis le procès de la Consolidation, l’État haïtien a raté toutes les occasions de faire preuve d’une détermination et d’une capacité d’instaurer la règle de droit dans ce pays. Qu’il s’agisse d’un simple citoyen accusé de vols de bétail ou d’hommes d’affaires puissants, d’adversaires ou de partisans bien placés du gouvernement, les procès intentés en Haïti ont toujours été une mascarade. On a encore en mémoire les procès bâclés de Luc Désir à la chute de Duvalier, de Roger Lafontant sous le premier gouvernement de Jean-Bertrand Aristide, de Léon Jeune, Claude Raymond et Prosper Avril sous René Préval. Le gouvernement actuel aura-t-il la sagesse et le courage de garantir aux accusés et à la société haïtienne le procès juste que toute la population appelle de ses vœux ?
Le décollage d’Haïti se fera au prix d’une rupture avec la tradition. Le moment est venu de montrer la possibilité d’une justice égalitaire, loin des brumes et épaisseurs organisant trafics et influences qui bloquent minent la confiance dans l’État de droit. Puisse l’attention sérieuse portée à ce procès inciter à une illustration du bien commun en montrant le triomphe d’une révolution mentale inscrite dans le sens de la modernité. Sinon, le gouvernement va au-devant d’affrontements périlleux, car la société est maintenant au bout du rouleau.
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[1] Albert L. Rowe, « Prolétaires haïtiens », La Ruche, numéro 6, vendredi 1er février 1946, p. 2. Voir aussi Albert L. Rowe, « Un épisode dans les activités ténébreuses du criminel escroc Oswald John Brandt à la Banque royale du Canada », La Ruche, numéro 8, samedi 16 février 1946, p. 2. Lire enfin dans le même numéro du journal La Ruche l’article de Jean jacques Ambroise, Luttes de classes.
[2] « Peuple Haïtien soutenez le Comité Exécutif Militaire », La Ruche, numéro 5, samedi 26 janvier 1946.
[3] Albert L. Rowe, « Prolétaires haïtiens », La Ruche, numéro 6, vendredi 1er février 1946, p. 2.
[4] O.J. Brandt peut être vu en bras de chemise dans la photo de la cérémonie de signature du prêt pour le bétonnage de la Grand-Rue, entouré des officiels Gérard Philippeaux, Michel Lamartinière Honorat, Hervé Boyer, Antonio André et Augustin Viard. Voir Daniel Supplice, Dictionnaire biographique des personnalités politiques de la République d’Haïti (1804-2001), 2001, p. 46.
[5] Jean Florival, La face cachée de Papa Doc, Montréal, Mémoire d’Encrier, 2007, p. 162-174.
[6] Aviculture en Haïti - Sur la problématique des micros, petites et moyennes entreprises du
secteur Agro-industriel en Haïti, Karibe convention center, Haïti, Mai 2007.
[7] Représentant la Banque Nationale de la République d’Haïti (BNRH).
[8] Leslie Péan, « Notes sur l’idéologie haïtienne, (le mulâtrisme-la culture du silence) », Haiti-Observateur, New-York, 16-23 août 1985, p. 20 et 23-30 août 1985, p. 18.
[9] Ertha Pascal-Trouillot, Encyclopédie biographique d’Haïti, en collaboration avec E. Trouillot, Québec, Editions Semis, 2001, p. 156.
[10] Vertus Saint Louis, « Le surgissement du terme "africain" pendant la révolution de Saint-Domingue », Ethnologies, Volume 28, numéro 1, 2006, p. 147.
[11] Max Weber, Économie et Société [1922], Paris, Plon, 1971.
[12] Norbert Élias, La société de cour, Paris, Flammarion, 1985, p. 124.
[13] « Haiti Probes Businessman for Alleged Kidnapping » Associated Press, ABC, October 25, 2012.


mardi 9 octobre 2012

Analyse des pratiques du Travail Social en Haïti dans le secteur du PVVIH/Sida


Plan

A- Travail social définition
Bref historicité du travail social
Apparition du travail social en Haïti

B-PVVIH/SIDA définition
  • Historique
  • Naissance de la maladie
  • Évolution de la maladie
  • Apparition de la maladie en Haïti

C- Analyse des pratiques du travail en Haïti dans le secteur PVVIH/Sida
  • Le Travail Social dans le milieu du PVVIH Sida
  • Intervention des Travailleurs Sociaux auprès des PVVIH
  • Réinsertion des PVVIH/Sida par des travailleurs sociaux


Introduction
Le Travail Social est une discipline scientifique qui intervient auprès des individus, des groupes et des communautés. Dans leurs pratiques, les travailleurs sociaux font des interventions auprès des personnes en difficultés du point de vue économique, physique, sociale et psychologique. Parmi ces catégories de personnes, nous avons des PVVIH Sida. Ces dernières, sont en difficultés en raison des problèmes somatique et psychosocial comme l’altération de l’état générale de la personne, la perte de confiance en soi, la stigmatisation et la discrimination. Elles ont également des problèmes d’ordre économique. Ainsi, en vue de donner une réponse a ces problèmes cruciaux, plusieurs institutions ont pris l’initiative d’apporter leur aide auprès de ces personnes. Par ailleurs, les professionnels qui interviennent auprès de cette catégorie sont des Infirmiers (ères), des Médecins, des Psychologues et des travailleurs (ses) Sociaux (les).
Notre travail contiendra une définition du Travail social, histoire du Travail Social dans le monde et en Haïti, définition et historicité du Sida, Apparition du sida en Haïti, Évolution du Sida et Perception du sida. Ce travail aura également une analyse de la pratique du Travail Social en Haïti dans le milieu du PVVIH, l’intervention des Travailleurs Sociaux auprès des PVVIH et la réinsertion des PVVIH Sida par les Travailleurs Sociaux.     

Définition du Travail Social
Il existe diverses définitions du Travail Social. Elles varient suivant les courants idéologiques et les positions des auteurs. Dans le cadre de notre travail, nous adoptons celle proposée par l’Association Internationale des Écoles de Travail Social et du Fédération Internationale des Travailleurs Sociaux en 2001 :
La profession d’assistant social ou de travail social cherche à promouvoir le changement social, la résolution des problèmes dans le contexte des relations humaines, la capacité et la libération des personnes afin d’améliorer le bien-être général. Grâce à l’utilisation des théories du comportement et des systèmes sociaux, le travail social intervient au point de rencontre entre les personnes et leur environnement. Les principes des droits de l’homme et de la justice sociale sont fondamentaux pour la profession.

Historique du Travail Social
            La première forme qu’a connue la profession du Travail Social était l’assistance sociale qui était assurée par la famille et l’Église, en vue de répondre aux problèmes socio-économiques que confrontaient les populations les plus défavorisées dans les sociétés occidentales industrialisées. Au XIXème, la structure socio-économique de l’époque a connue des bouleversements qui ont provoqué des transformations dans la vie des gens. Sous l’influence de l’industrialisation et de l’urbanisation, les deux principales institutions su-mentionner qui assuraient les assistances ont été affaibli à cause de l’amplification des problèmes socio-économiques dû à l’industrialisation. Cette dernière allait provoquer une transformation dans les mesures d’assistance. C’est alors que de nouvelles formes d’assistance allaient faire leur apparition. C’est ainsi que :
Des associations de bienfaisance de statut privée se créèrent et se consacrèrent presque exclusivement aux soulagements de la misère ; pour des motifs bien connus, cette activité reçut à l’époque la priorité absolue. C’est de ce mouvement que sont issues les formes évoluées de l’assistance sociale que nous connaissons aujourd’hui. (BLUM Rudolph, traduit par JEANFRANCOIS SALBERG, 1970, page 19).
C’est ainsi que l’assistance sociale s’est institutionnalisée afin de rendre l’aide sociale plus efficace. De plus, avec la loi des pauvres (Poor Law), instituée à la fin du XVIIIème et au début du XIXème en Angleterre, est généralement conçue comme l’ancêtre de la profession de Service Social. Elle a mis en évidence la coïncidence entre l’émergence du Service Social et l’avènement de l’économie de marché : <<c’est dans le contexte de la Révolution industrielle, dans la formation de l’économie capitaliste de marché, mais surtout dans la formation de la classe ouvrière, que se forgent les questions sociales qui vont marquer l’époque>>. (LOUIS-JUSTE Jean Anil, cité par Polanyi, 1980 : 98, cité par Selma Maria Schons in Assistência Social entre a ordem e a << des-ordem>>, Cortez, 1999.
En 1893, il y a eu pour la première fois un congrès international, regroupant plusieurs associations de bienfaisance, en vue de créer des institutions de formation spécialisée pour réorienter la nouvelle profession de travailleur social. Par la suite, des services sociaux allaient être offerts par des institutions sociales comme ce fut le cas en France ou « le groupe fondateur de la maison sociale s’est proposée, comme but, l’amélioration de la vie du peuple à tout les degrés, par la pénétration mutuelle des classes. La maison sociale reçoit et surveille l’enfant hors de l’école (garderies scolaires, abri social de l’enfance), facilite aux jeunes gens l’apprentissage et les prépare à la vie professionnelle (enseignement pratique, cours techniques élémentaires), cherche des emplois aux ouvriers sans travail (placement gratuit), procure l’assistance médicale et judiciaire(consultations gratuites),rapproche dans des réunions familières tous les travailleurs, ouvriers, employés, étudiants (cours du soir, conférences sociales, cercles, bibliothèques populaires), développe la mutualité sous toutes ses formes (prêts gratuits, livrets, retraites, etc.), en un mot, s’efforce à résoudre les questions sociales par l’union intime et féconde de tous les éléments et de toutes les classes du peuple français ». (DARTIGUENAVE, Jean-Yves, 2010).
Au début du XIXème siècle, avec Mary Richmond, les méthodes d’assistance ont subit de grande influence comme le diagnostic dans le Service Social pour pouvoir déterminer les facteurs de détresse que connait l’individu. De ce fait, elle a abouti avec le mouvement qui, par la suite va donner les formes d’aides de conception moderne.
Et finalement, le Travail Social que nous considérons comme la dernière étape de la discipline va venir avec de nouvelles bases pour se rassoir, qui sont la conscientisation et la révolution dans l’action sociale et qui constitue l’essence même de la profession du Travail Social à un niveau plus avancé.

 Historique du Service Social en Haïti
            Au cours des années 1944, L’Etat haïtien faisait face à un ensemble de problème du point de vue économique, politique et social. Le pays a connu de pillage dans ces forêts et de l’endettement. Ce qui entraine une carence de politique sociale cohérente et autonome. Ainsi, sous une recommandation de l’Organisation Internationale du Travail, l’École de Service Social (1944) allait voir le jour, selon le professeur Jean Anil LOUIS JUSTE dans son texte intitulé Service Social et Science Humaines : Rapport épistémologique ou relation ontologique. Pourtant, il existait des pratiques d’assistance sociales dans le milieu populaire, ´ travers l’Église et la famille. L’Etat allait renforcer cette pratique en créant une Caisse d’Assistance Sociale.
Par ailleurs, le Travail Social, en tant que discipline scientifique, a fait son apparition en Haïti dans un contexte ou le gouvernement de Jean Claude  Duvalier prônait  la révolution économique en  faisant appel à des industries de sous traitance. Ainsi, Jean Claude Duvalier a pris l’initiative de créer la Faculté des Sciences Humaines par le biais de Salomon Pierre Louis en 1974 en vue d’étendre des projets de développement communautaire pour pouvoir contrôler le cœur et l’esprit de la masse populaire. (LOUIS JUSTE, Jean Anil, 2009, p 3).

Définition du Sida
Étant une maladie sociale et contagieuse, le sida se définit comme une complication de l’infection du Virus Immuno Humain(VIH), manifestant durant une longue période sans signe clinique. En d’autres terme, le sida signifie Syndrome d'Immuno Déficience Acquis, il représente le dernier stade de l'infection par le VIH1 et /ou VIH 2

Historique du Sida
Le sida, une maladie qui représente un fléau très en vogue dans le monde. Il remonte au cours des années 70 chez les singes en Amérique du Nord notamment aux États-Unis. Et les premiers signes de l’épidémie sont apparus à la fin des années 80. Les trois premiers cas de SIDA ont été répertoriés à Los Angeles au début de l’année 1981. Rétrospectivement, le virus a été identifié sur un spécimen de sang prélevé dans l’année 1959. De ce fait, les premières études ont montré qu’il s’agit d’une infection encore inconnue qui se transmet par voie sanguine et sexuelle.  C’est en 1982 que  les Centres de Contrôle des Maladies (CDC) aux États-Unis a dénommé cette pathologie sous le nom de “4H” qui signifie hémophile, héroïnomane, homosexuel et haïtiens  Ce même centre nous fait savoir que ce sont  les hommes homosexuels qui ont été les premiers touchés par cette maladie. Par ailleurs, Le passage des différentes souches de VIS, du singe à l'Homme, peut être expliqué par le fait que les singes sont souvent capturés pour servir de gibier ou d'animal de compagnie, et des expositions à du sang contaminé, lors de morsures ou par blessures lors du dépeçage des animaux peuvent expliquer comment ces virus ont infecté l'homme.[] Pourtant, c’est En 1983 que Luc Montagnier  a identifié un premier virus responsable du Syndrome Immuno Déficience Acquis auquel il a donné le nom de L.A.V. (Lymphadenopathy associated virus). C’est au cours de cette même année que le premier document législatif relatif au VIH /SIDA a été adopté en Suède par la direction nationale de la santé publique et de la prévoyance sociale.  Par ailleurs, un second virus a été découvert en 1985 et la maladie devient un fléau très probant dans tous les pays du monde particulièrement dans les pays pauvres.

Apparition du sida en Haïti
Avant de devenir une maladie contagieuse en Haïti, le sida était connu sous le nom de 4H C’est-à-dire les haïtiens sont les promoteurs de cette maladie selon les stigmatisations de l’époque. Ainsi, Les premiers cas de SIDA rencontrés ont été observés à Port-au-Prince au cours des années 1980, selon une étude réalisée par Marie Lourdes BALTHAZAR en Juillet 2003, dans le cadre d’un PROGRAMME DE FORMATION EN MANAGEMENT ET GESTION DES SERVICES DE SANTÉ EN HAÏTI (DESS-MGSS).  
En effet, de nombreuses études ont été réalisées au cours des années1988, 1994, 1998, 1999 et 2000, par des institutions comme GHESKIO, IHE et Fondation Esther Bourcicault dans le but de retracer les différentes personnes infectées par le VIH sida ainsi que le nombre de personnes touchées. Cependant, de 1982 à 1986, des autorités nationales ont exprimé leur désaccord face à cette pandémie qui ne cesse d’outrager les haïtiens. Ces autorités sont motivées par l’inclusion des haïtiens dans l’appellation 4H de la maladie par le DCC. Ainsi, le Ministère de la Santé Publique et de la Population a créé deux commissions techniques en vue de prévenir la propagation de la maladie. Ces deux commissions ont été pris naissance en 1983 et 1985. Par ailleurs, il convient de signaler l’émergence de l’OPS/OMS durant cette période. C’est également en 1985 qu’on assiste au retrait des haïtiens du groupe 4H et l’apparition des tests de dépistage aux Etats-Unis.
En 1986, le Sida devient une pathologie relevant l’intervention de la Croix Rouge Haïtienne qui, par la suite, reconnue comme seule entité ayant le droit d’intervenir auprès de la catégorie des personnes touchées par ce fléau.


Évolution de la maladie
Contrairement aux différentes perceptions que préconisent la population vis-à-vis des personnes vivant avec le VIH/Sida en Haïti, cette maladie évolue avec le temps. Dans le temps les personnes vivant avec le VIH Sida sont stigmatisées, marginalisées et méprisées par les membres de la famille et de la communauté. De nos jours, cette maladie se conçoit comme une maladie qui mérite des prise en charge du point de vue psychosocial et médical de la part des professionnels comme les médecins, les travailleurs sociaux, les psychologues, les infirmiers ainsi que les membres de la communauté et de la famille grâce à des campagnes de sensibilisation et de formations de la part des instances œuvrant dans ce domaine. 

Institutions œuvrant dans le secteur du PVVIH/Sida en Haïti
Le sida qui devient un fléau très probant en Haïti, interpelle l’intervention de nombreuses institutions. Ces institutions sont entre autres : ONUSIDA, OPS/OMS, ASON, GHESKIO, Zanmi  la Santé de Cange, H.A.S (Hôpital Albert Schweitzer) CARE-Haïti, MSPP, Global Found, les centres pour le développement et la Santé, la Fondation Sogebank que ce soit dans le domaine de la prévention, prise en charge et réinsertion des PVVIH/Sida.


C- Analyse des pratiques du travail social en Haïti dans le secteur PVVIH/Sida

  • Le Travail Social dans le milieu du PVVIH Sida
 Le travail social, en tant que profession, a des pratiques dans le cadre des interventions auprès des individus, des groupes et des communautés. En ce sens, le travailleur social œuvrant dans le milieu du PVVIH/Sida a certaines pratiques surtout dans la question de la prise en charge psychosociale et la réinsertion de ces gens. En Haïti, la pratique de la profession du travail social s’inscrit dans la maintenance du statu quo au sein de population haïtienne surtout avec l’apparition de la profession en Haïti. Ainsi, les institutions œuvrant dans le domaine PVVIH/ Sida ont privilégié la prise en charge psychosociale et médicale, et la réinsertion des personnes infectées, puis la prévention des personnes non infectées. Cependant, il convient de signaler que La pratique du travail social dans le milieu des PVVIH en Haïti, se révèle très psychologisante, vu que les institutions qui interviennent dans ce secteur priorise la dimension psychologique de l’individu. En dépis que cette maladie frappe dans sa grande majeure partie les populations les plus démunies, elles continuent à persister dans cette voie .Elles font semblant ignorer les véritables causes de l’augmentation de cette maladie. Selon Michel Chauvière trois topiques[1] indépendantes peuvent dénommer dans la pratique de la profession : visite sociale, clinique sociale et médiation sociale ( DARTIGUENAVE, Jean Yves, 2010, p 152).  Le premier topique dénommé visite sociale se réfère dans la mouvance philanthropique auprès des pauvres. Le deuxième appelé clinique sociale consiste en un dépassement de l’asymétrie assistancielle par un projet social tout aussi asymétrique mais d’un autre ordre (Changement, tutorat, accompagnement, maïeutique…). (Op.cit). En dernier lieu, nous avons la médiation sociale qui assure le pont entre les deux topiques.
Parmi ces trois topiques, nous avons constaté que les institutions œuvrant dans ce domaine ont privilégié la clinique sociale dans leurs interventions.
Les personnes qui assurent la prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH sida ´ titre de travailleurs sociaux ne sont pas tous des professionnels. Certaines institutions ont l’habitude de donner des séminaires a des personnes en vue de les employer comme des´  travailleurs sociaux. Tout comme les travailleurs sociaux professionnels, ces soi-disant travailleurs sociaux ont pour rôle d’apporter leur contribution auprès des personnes victimes du VIH /Sida ´ travers des institutions œuvrant dans ce domaine. Ils ont également pour rôle de réinsérer les personnes touchées par le VIH qui, après avoir infecté, subi toute sorte de stigmatisation et de discrimination au sein de la famille et de la communauté.
                                                                                                                                         
  • Intervention des travailleurs sociaux auprès des PVVIH/Sida
L’intervention auprès des individus, des groupes et des communautés sont les trois axes d’interventions en travail social. De ce fait, les travailleurs sociaux qui interviennent auprès des personnes vivant avec le VIH Sida apportent de l’aide ´ ces gens. Ils font des entrevues, de l’assistance sociale, du counseling, et de l’histoire sociale de l’individu.  En plus, ils les informent et donnent des séances de formations sur la maladie. Ces travailleurs sociaux par le biais des institutions organisent des séances d’informations et de formations auprès des leaders religieux, ensuite   des groupes et des associations évoluant dans une communauté, en vue de faire la prévention contre cette maladie. Par ailleurs, il faut dire que ces institutions à travers leurs programmes qu’exécutent les travailleurs sociaux, ne tiennent pas compte vraiment l’éducation sexuelle de la population et de sa culture. Ce qui constitue un obstacle majeur pour pouvoir obtenir le résultat escompte dans ce domaine.
  • Réinsertion des PVVIH/Sida par des travailleurs sociaux
Dans le maintien de l’équilibre du point de vue psychosocial, les travailleurs sociaux ont pour rôle d’aider les PVVIH Sida à reprendre confiance en soi dans leur situation post trauma, puis les réinsérer dans la communauté en évitant les stigmatisations des personnes infectées au sein de la famille et de la communauté qu’il évolue. 

Conclusion
En fin de compte, le travail social en tant que profession est utilisé dans le milieu du PVVIH comme un instrument pouvant assurer la prévention, la prise en charge psychosocial et la réinsertion des personnes infectées et affectées par le VIH Sida.  Les pratiques d’intervention auprès des PVVIH en Haïti se réalisent à travers la logique des institutions tout en créant une certaines dépendance chez les personnes.  
  















Bibliographie
Association Arcat, Les Travailleurs Sociaux face au sida, l’accompagnement social, France, 1995.
BLUM, Rudolph, Traduit par Jean François Salberg, Dimension sociologique du travail social, ed.centirion, France, 1970.
DARTIGUENAVE, Yves Jean, Pour une Sociologie du Travail Social, ed. Jouve, France, Octobre 2010.
LOUIS JUSTE, Jean Anil, Service Social et Sciences Humaines : rapport épistémologique ou relation ontologique. (Date de la publication non trouvée)
LOUIS JUSTE, Jean Anil, Travay Sosyal ak Aksyon Kominote : Ki rapò teyorik ak pratik yo genyen an Ayiti ? Mai 2009.








  
Résumé
Le sida, une maladie sociale qui devient un fléau en Haïti. Cette maladie interpelle l’intervention d’un ensemble d’institutions et de professionnels. De ce fait, le Travailleur social œuvrant dans le milieu du PVVIH se réalise a travers la prise en charge psychosociale auprès des individus infectés et affectés. La plupart des personnes qui interviennent auprès des PVVIH /Sida ne sont pas tous des professionnels en Travail Social. Cependant, ceux qui ont une licence en Travail social jouent un rôle exécutant comme tous les autres travailleurs sociaux non qualifiés. Les institutions œuvrant dans ce domaine sont pour la plupart des organismes privés. Pourtant, les institutions publiques sont majoritaires financés par des organismes internationaux.













[1] .Le terme topique est utiliser pour designer la combinaison de quelques caractéristique de base qui lui paraissent figurer dans chaque nouvelle émergence professionnelle relative au champ du travail social. (Chauviere, 2004, p 104) 

Paulo Freire: La pédagogie des opprimés


Paulo Freire : La pédagogie des opprimés
Paulo Freire (1921 – 1997) est un pédagogue brésilien. Dès 1947, il commence à élaborer sa propre méthode d’alphabétisation dite de conscientisation. Très vite sa philosophie éducative sera reprise (Années 60) pour être appliquée auprès des régions les plus pauvres du Brésil : le Nordeste (région dont il est originaire). Obtenant de très bons résultats, sa méthode sera rendu officielle (Années 63/64) par le gouvernement populiste de Joao Goulart. Il sera ainsi chargé de l’alphabétisation par le ministère de l’éducation et de la culture.
Cependant, en 1964, le Brésil connait un coup d’état qui conduira Paulo Freire à s’exiler au Chili. Cette période lui permettra de perfectionner sa méthode notamment auprès des paysans de ce pays. L’objectif étant que cette population participe activement à la vie nationale. C'est ainsi que, comme au Brésil, sa pensée deviendra officielle avec le gouvernement démocrate-chrétien d’Eduardo Frei.
Son livre La pédagogie des opprimés (1969) est ainsi le résultat de ses réflexions à partir de ses différentes expériences, notamment celles de ses 5 années d’exil.
  Méthode de conscientisation
  -La théorie
Partant du constat que grand nombre de sociétés sont construites selon le rapport dominé/dominant, il va chercher à libérer les opprimés de cette dialectique par un processus de conscientisation de leur situation objective. Son but est donc de passer d’un système où l’éducation instaure le principe de domination, à une éducation qui permet la liberté de tout être humain. L’éducation doit donc être conçue comme un processus de libération passant par une conscientisation de leur situation objective.
Pour cela, « le but de l’éducateur n’est plus seulement d’apprendre quelque chose à son interlocuteur mais de chercher avec lui les moyens de transformer le monde dans lequel ils vivent ». Cette philosophie de l’alphabétisation n’a pour objectif de remplir mécaniquement « un esprit vide de sens » mais bien de passer par une méthode active qui permet à l’homme de prendre conscience de sa problématique, de ses conditions de vie. L’objectif consiste donc, en partie, à ce que l’homme se positionne en tant que sujet qui a la possibilité de prendre des choix au sein de la société. Cette méthode est donc conçue comme « une lecture politique de la réalité ». Le but ultime de sa philosophie est l’épanouissement de l’homme passant par une humanisation égalitaire. Vivant dans un monde de dominants/dominés qui impose une injustice sociale, Paulo Freire va s’interroger sur les possibilités de faire société autrement.
Pour lui, seuls les opprimés peuvent être à l’origine de la transformation du système organisationnel de leur société. Ainsi, il est nécessaire de passer par une praxis (combinaison de la réflexion et de l’action) qui ne soit pas construite pour eux mais avec eux. Par conséquent, cette pédagogie se doit de s’appuyer sur les conditions quotidiennes de ces opprimés. L’objectif consiste donc de permettre à l’individu de développer un esprit critique par la mise à distance du fonctionnement de sa société. Ce n’est qu’à partir de ce moment que leur lutte pourra commencer. En effet, c'est la compréhension des limites que leur impose ce monde qui sera le moteur de leur cation libératrice.

   -La vision des oppresseurs
L’instauration d’une nouvelle situation de fait par les opprimés provoquent souvent chez les oppresseurs un sentiment de retournement de situation. En effet ils se voient octroyer une grande partie de leurs avantages longtemps acquis. Dans un premier temps, cette transformation n’est donc pas perçue comme une situation libératrice par les oppresseurs mais d’avantage comme une atteinte au droit personnel ; « droit personnel qui, dans la situation antérieur, ne tenait pas compte des millions de personnes qui souffraient et mouraient de faim, de douleur, de tristesse et de désespoir ». De leur point de vue, seuls eux sont des hommes, les autres sont des choses, des choses qui leur permettent d’exister ; l’objectif étant qu’en les rendant en être inanimé et sous contrôle absolue, l’opprimé ne puisse se révolter et se libérer. « Etre pour eux, c'est faire partie d’une classe qui possède ».   
Cette manière de concevoir le monde provient d’un processus continu et historique dont il en résulte une conception strictement matérialiste de l’existence. « L’argent est la mesure de toute chose. Et le profit est leur principal objectif ».

-La vision des opprimés
Tant qu’ils n’ont pas acquis ce processus de conscientisation, ils se placent souvent dans une conception fataliste de leur situation. Ils finissent par croire et incorporer les sous-estimations faites par les oppresseurs. Ce n’est donc qu’à partir du moment où ils prennent conscience des causes de leur état d’oppression, qu’ils vont vouloir transformer le monde. Pour cela, le groupe doit impérativement passer par des allers-retours entre la réflexion et l’action : c'est seulement ainsi que la lutte constituera une praxis libératrice. Cependant, cette lutte doit passer par l’unification des dominés, par la solidarité du peuple : « personne ne libère autrui, personne ne se libère seule, les hommes se libèrent ensemble ».

L’éducation comme instrument de libération
            Le système éducatif traditionnel n’est que la simple reproduction de l’organisation sociétale qui repose sur la dialectique dominé/dominant. En effet, on retrouve notamment ce rapport entre éducateur et élève : l’éducateur est le maitre savant, puissant et l’élève laisse place à un objet passif. Ce dernier apprend mécaniquement sans porter plus d’attention au discours et sans développer son esprit critique. Cette pédagogie les prépare à s’adapter facilement à la réalité qui les attend. C'est la conception bancaire de l’éducation : elle sert ses oppresseurs, l’objectif étant que ces ignorants « ne puissent devenir un jour des agents transformateurs du monde ». En opposition Paulo Freire prône une éducation libératrice exigeant le dépassement de l’opposition éducateur/élève : « de telle façon que chacun devient simultanément éducateur et élève », et qu’il y est ainsi de véritables échanges. Seul ce dépassement permet d’instaurer une relation de dialogue indispensable à « l’éveil des sujet ». « Il n’y a pas d’éducateur de l’élève, ni d’élève de l’éducateur mais l’éducateur élève avec l’élève éducateur ». Par conséquent, « l’éducateur n’est plus celui qui simplement éduque, mais celui qui, en même temps qu’il éduque, est éduqué dans le dialogue avec l’élève ». Dans cette conception, nous voyons bien que les relations de domination, de supériorité sont effacées. Ainsi, tous les individus ont leur place dans la construction d’un savoir commun. En effet, l’élève n’est plus le réceptacle de la connaissance de son maitre mais, il est maintenant chercheur critique en dialogue avec l’éducateur. Tous deux partent ainsi à la découverte d’une réalité.
Outre cette méthodologie, la pédagogie des opprimés conduit les individus à réfléchir sur eux-mêmes et sur le monde simultanément, sans couper cette pensée de l’action. L’éducation conscientisant devient ainsi l’effort permanent par lequel les hommes se mettent à découvrir, de façon critique, comment ils vivent dans le monde avec lequel et dans lequel ils sont ».